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Point de vue... Benoît Ameil, Réalisateur, Scénariste & Producteur


Les Acteurs

Nicolas Buchoux est le premier acteur que j'ai rencontré, et le seul pour ainsi dire. On s'est d'abord rencontré une première fois pour parler du projet et puis on s'est revu pour le casting. Motivé par le rôle, il a donné la réplique à toutes les actrices venues auditionner. Mais c'est avec Aude que l'alchimie, c'est directement installé. Comme le choix des acteurs est primordial et que je ne voulais pas faire le choix dans la précipitation, j'avais besoin d'un second round. Du coup nous sommes revus tous les trois, et ce qui devait être une séance d'audition de trois quart d'heure s'est transformé en une séance de répétition de deux heures et demie. J'ai senti qu'ils étaient vraiment les personnages de mon film, au moment où on a commencé à répéter une séquence pour laquelle je n'avais aucune idée de la manière dont j'allais la filmer. Tous les deux se sont dit: «Alors la caméra est là. Bon, alors toi tu te mets là, moi là, je prends ça et euh... C'est bon on est prêt. Dis "Action" quand tu veux...». En trente secondes, ils ont réglé un problème de mise en scène que je pensais mettre des jours à résoudre.

Aude Roman

Dans un entretien* qu'il avait donné, Jean-Pierre Jeunet explique que le casting représente 90% de la mis en scène. « La Dinde Marinée » étant mon premier film et parce que je n'avais jamais abordé la direction d'acteur, j'avais choisi de bien garder ça à l'esprit au moment du casting, c'est pour ça que j'ai mis du temps à choisir définitivement Aude et Nicolas. Je voulais être sur de moi... Et d'eux par la même occasion. Le moins que puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu. Jeunet explique aussi que pour lui «la plus grosse erreur que commette un metteur en scène débutant c'est de vouloir montrer à l'acteur comment il faut faire». C'est aussi quelque chose que j'avais en tête mais qui a été plus difficile à respecter... C'est-à-dire qu'au début, j'avais toujours à l'esprit cette remarque, et puis à certains moments c'est devenu plus fort que moi : il fallait que je franchisse ce rubicond. Parfois consciemment en m'accordant «une dérogation». Parfois je ne m'en suis rendu compte qu'en voyant les rushes du making-of. En fait, je crois qu'il est nécessaire d'expérimenter ce genre de chose par soi-même. C'est comme si on dit à un gamin «Ne vas pas de l'autre côté de la forêt, il y a un ravin. Tu pourrais tomber !». Il ne pourra certainement pas s'empêcher de traverser la forêt pour voir combien le ravin est profond. L'autonomie qu'il faut donner aux acteurs, en ce qui me concerne, elle s'est plutôt imposée par la force des choses.

D'abord Aude et Nicolas ont commencé par se rebeller contre toutes les indications de jeu que contenait le scénario parce que ça les contraignait. Du coup j'en ai supprimé le maximum. Et puis, cette autonomie s'est aussi imposée car j'ai bien vu que c'était comme ça que les personnages prenaient corps. Pendant les répétitions, Aude et Nicolas se posaient beaucoup de questions sur leur personnage, des questions d'ailleurs auxquelles je ne savais pas du tout répondre. Et comme, je profitais des répétitions pour trouver mes cadres et préparer mon découpage, j'étais physiquement en retrait par rapport à eux, un peu comme un observateur. Du coup quand l'un avait une question c'est à l'autre qu'il posait la question. C'est un peu comme ça, il me semble, qu'Aude et Nicolas ont fait naître leur personnage et construit leur couple. Ils ont donné aux personnages une dimension qui leur est propre.

Avec le recul j'ai compris que travailler avec un acteur, c'était un peu comme travailler avec un directeur de la photographie. Avec un directeur de la photographie, on discute de l'atmosphère photographique, des couleurs... mais on ne lui dit pas quels projecteurs il doit utiliser, où il doit les placer et quels filtres utiliser. Avec un acteur, je crois que c'est un peu pareil. Au fond je pense qu'il faut donner au travail du directeur de la photographie la même importance que l'on donne à celui des acteurs car pour moi l'atmosphère compte autant que les personnages. Inversement il faut donner aux acteurs la même autonomie que celle qu'a un chef opérateur. Mais pour moi c'est toujours un domaine « work in progress », car si je sais très bien donner de l'importance au travail de l'image puisque c'est un domaine que je maîtrise, donner de l'autonomie aux acteurs, c'est quelque chose que j'ai découvert avec La Dinde. C'est donc quelque chose sur laquelle, je le sais, je dois continuer à travailler.

*Leçons de cinéma de Laurent Tirard

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